PARALLÈLES
Gilles BALMET // Gaëlle CHOTARD
Parallèles aurait comme ambition de tenir à égale distance deux artistes dans une même exposition, en un espace qui paradoxalement viendrait les rapprocher momentanément. Mais inévitablement l’exercice ne pourra échapper aux liaisons possibles qui assignent l’un dans sa proximité de autre et l’exercice n’est donc jamais sans risque de voir déplacer le propos d’une oeuvre au profit d’une intention qui lui serait étrangère. Malgré tout, Parallèles réaffirme en premier lieu ce désir d’être une géographie temporaire où Gilles Balmet et Gaëlle Chotard se côtoient, sans intention initiale de se rejoindre. Chacun trace une voie originale sans prétendre au domaine de l’autre et emprunte des déambulations personnelles qui, cependant, iront dans des directions communes avec des moyens différents. Comme bien d’autres, et de manière évidente, aucun de ces deux artistes ne revendiquent une école, si tenté qu’aujourd’hui il en soit question dans l’art contemporain, ils ne clament pas non plus d’appartenance à un groupe, tout au plus expriment-ils des parentés de démarches ou des affinités d’écriture avec quelques artistes actuels. Pourtant si singuliers soient-ils, à ne pas vouloir être inscrits dans une technique unique, à décloisonner les genres, ou les ignorer, à changer de style si nécessaire, à expérimenter le volume comme le dessin, ils restent tous deux significatifs d’une époque qui aura fait fi des catégories, des slogans et des théories esthétiques dominantes.
L’idée première de cette exposition était de continuer une relation d’écriture avec un artiste, Gilles Balmet, qui n’eut l’opportunité de présenter que trop ponctuellement des œuvres dans trois manifestations que j’ai pu organiser dernièrement. Portant sur une vidéo précise ou une série de dessins, les textes écrits en ces occasions ne tendaient pas vers une approche globale de son activité artistique. La disparité apparente de son travail me fit prendre conscience d’une nécessité de déployer un jour un accrochage où les liaisons internes et complexes entre ses oeuvres deviendraient alors perceptibles.
Suivant le principe adopté par la galerie L’AGART d’exposer conjointement deux artistes, j’ai alors proposé à Gilles Balmet de me suggérer des personnes dont il appréciait les oeuvres et avec lesquels il aimerait présenter son travail. La liste qu’il m’adressa comportait très peu d’artistes dont je connaissais le travail et lui-même n’en avait rencontré aucun. Comme une évidence à nos yeux, Gaëlle Chotard s’imposa. Ainsi, le plaisir de montrer de manière plus complète l’œuvre de Gilles Balmet s’était enrichi de la découverte d’une artiste de sa génération et dont les recherches suggèrent à l’évidence des mises en regard nombreuses et variées avec ses propres œuvres. Bien sûr, les figures arachnéennes d’un dessin de l’un se repèrent aujourd’hui dans les sculptures textiles de l’autre, les jeux d’ombres projetées rencontrent les arborescences d’encres noires ; les connivences entre ces deux créateurs offrent tant d’échos concevables qu’il sera inutile de fixer une parole sur ces relations qui s’opèrent dans une manifestation conjoncturelle. Au-delà de ces affinités formelles nous nous attacherons donc à ce qui fait leur particularité plutôt que de noter leurs similitudes et nous verrons à distinguer, ou tout au plus à imaginer, ce que l’œuvre de l’un éveille chez l’autre d’un commentaire inattendu, comme pour rendre compte ici d’une possible analyse visuelle issue de leurs seules pratiques
Jacques PY, commissaire de l’exposition
